Décryptage de la « génération girafe »

Surnommés la « génération girafe » par Yannick Chatelain, enseignant-chercheur et spécialiste des nouvelles technologies, les adolescents et les jeunes adultes d’aujourd’hui intègrent les appareils mobiles comme une seconde peau. Cette mobilité a changé leur manière de consommer les écrans : partout, tout le temps et rapidement sont leurs exigences. Parfois éloigné de nos propres comportements, il est important de comprendre le fonctionnement de nos jeunes face au numérique, pour savoir où poser des limites.

Selon Yannick Chatelain, nos adolescents seraient des girafes, l’animal reconnu pour dormir le moins car il est toujours à l’affût de ce qui se passe dans la savane. En effet, selon une étude de Médiamétrie (novembre, 2015), 3 jeunes sur 10 seraient encore connectés à leur téléphone à 21h. Avec une moyenne de 11 écrans dans leur foyer, les 15-24 ans sont de plus en plus connectés et de plus en plus jeunes. L’âge moyen du premier portable est de 11 ans en France. Friands de nouveautés, les jeunes de cette génération utilisent les écrans majoritairement pour garder le contact avec leurs amis (IPSOS – Junior Connect, 2016). Depuis la sonnerie qui les réveille jusqu’au texto qui va les surprendre la nuit, les jeunes passent en moyenne 14h10 par semaine sur Internet contre 12h10 il y quatre ans.

Des multi-écrans indispensables et des jeunes multitâches

Le sondage de Facebook IQ, en collaboration avec Gfk et Ipsos Media CT, montre que les jeunes Français possèdent plusieurs « device » qu’ils valorisent comme des leviers de liberté et d’indépendance. Mais c’est le téléphone que plébiscitent les jeunes ; avec 88%, ils l’estiment même indispensable. La mobilité des écrans entraîne pour les 15-24 ans, d’autres opportunités d’utilisation des médias. Toujours fan de télévision, la génération girafe privilégie davantage le replay (34%) ou le live à travers leur ordinateur. Cette génération a également grandi avec les réseaux sociaux. Il n’est donc pas étonnant de voir que 90% d’entre eux sont inscrits sur Facebook, Instagram, Snapchat ou encore Twitter. Même si Snapchat tend à devenir le réseau social préféré des jeunes, Facebook reste en tête avec 76% d’adeptes parmi la génération des 15-24 ans. La naissance de la génération girafe marque également l’arrivée de l’ère de la vidéo. 53% des 15-24 ans avouent en regarder chaque semaine. La mobilité que confère le smartphone facilite cette pratique. Comme leurs aînés trentenaires, les jeunes sont accros aux jeux vidéo : 65% d’entre eux y ont joué au moins une fois par mois, si ce n’est plus. Mais qu’en est-il du grand écran ? Malgré le développement du streaming, le cinéma arrive en tête des loisirs des 15-24 ans (88% y vont au minimum une fois par an selon Médiamétrie en 2014).




Snapchat : pour tout savoir sur le réseau social des jeunes adolescents

Les stars hollywoodiennes, la NASA, les sportifs et nos adolescents, ils sont tous sur Snapchat, le réseau social tendance. L’anonymat et le caractère éphémère des contenus poussent les enfants à se sentir en sécurité et à baisser leur vigilance. Le nouveau réseau social préféré des jeunes est-il vraiment sécurisé ?Créé par deux étudiants américains en 2011, Snapchat est un réseau social disponible via une application mobile, avec la particularité de pouvoir partager des photos, des vidéos et des messages dont l’existence et la visualisation sont limitées à dix secondes maximum.

Les utilisateurs de Snapchat peuvent donc envoyer des photos ou vidéos éphémères à un ou plusieurs destinataires, en choisissant le temps de visionnage (entre 1 à 10 secondes). Ils peuvent également envoyer des messages éphémères à un contact par un espace « chat » ou « messenger ». Snapchat permet aussi à ses utilisateurs d’enregistrer des photos ou vidéos dans leur « Story ». Ces contenus sont visualisables par tous les contacts pendant 24h. Cette fonctionnalité a rencontré tellement de succès, que le réseau social Instagram s’en est emparé. Mais ce qui plaît aux jeunes, ce sont les filtres photos. Humoristiques ou simplement esthétiques, les filtres Snapchat apparaissent en réalité augmentée.

Un réseau social devenu tendance chez les jeunes

Selon Bloomberg (juin 2016), Snapchat, ce sont 150 millions d’utilisateurs actifs par jour— soit plus que la population de la Russie — qui postent près de 1 million de « Stories ». En France, ils sont 8 millions à se connecter quotidiennement au réseau social avec une grande majorité de moins de 25 ans. Aux États-Unis, les 18-24 ans étaient 46,8% fin 2015, à utiliser Snapchat contre seulement 16,5% à utiliser Facebook. Même si aucune étude n’a encore recensé les mineurs, les experts du digital estiment qu’ils feraient considérablement augmenter ce taux s‘ils étaient pris en compte.

Aujourd’hui Snapchat est passé en tête des réseaux sociaux préférés des jeunes devançant Instagram, Twitter et Facebook. Il est surtout le réseau social préféré des jeunes filles, avec plus de 6 utilisatrices pour 4 utilisateurs. Si les enfants et adolescents apprécient cette application, c’est parce qu’ils aiment à soigner leur image à coup deselfies et de filtres embellissants, veulent faire rire avec des photos décalées et humoristiques qu’ils partagent dans leur « story », mais aussi montrer qu’ils sont « cool » et populaires en diffusant leurs photos de soirées ou leurs moments passés avec des amis. Les adolescents utilisent Snapchat également comme un journal de bord, permettant à leurs contacts de savoir ce qu’ils font à toute heure de la journée. Parmi les avantages de Snapchat : il demande un minimum d’effort à la publication de contenu, et il propose un visionnage limité dans le temps et l’anonymat.

Quels sont les dangers sur Snapchat ?

Anonymat de ses utilisateurs, aucune limite d’âge, contenus éphémères : Snapchat semble être le réseau social parfait pour publier tout ce que l’on veut sans risque. Malheureusement, le danger est bien réel et le sentiment de sécurité faussé. Si l’application ne permet pas de propager des contenus, ces derniers peuvent être récupérés par une simple capture d’écran (screenshot), par exemple, puis rediffusés largement sur les autres réseaux sociaux. À savoir : même si le réseau social promet la disparition des contenus (« Snap »), les utilisateurs peuvent les revoir à raison d’un par jour. Ainsi, si vous recevez plusieurs « Snaps » dans la journée, vous pouvez en ouvrir un deux fois. De plus, Snapchat, contrairement aux réseaux sociaux historiques, ne possède pas de politique de contenus illicites, d’où le sentiment d’impunité.

En janvier dernier, deux adolescents avaient publié une vidéo sur Snapchat les mettant en scène en train de violer une jeune fille originaire de Perpignan. Capturée puis largement partagée sur Facebook, cette vidéo était devenue virale en l’espace de quelques heures. Avertis pas les internautes, les policiers avaient interpellé les deux jeunes garçons.

Ce cas est malheureusement loin d’être isolé. Même si elle n’est pas directement mise en cause, selon Sophie Jehel, sociologue interrogée par Madame Figaro, les particularités de Snapchat pousseraient ses utilisateurs à se sentir libres de faire ce qu’ils veulent avec parfois des publications de contenus illicites incontrôlées. En effet, il est important de rappeler que tout contenu digitalisé n’est jamais totalement perdu, y compris sur Snapchat et peut-être diffusé partout sur la toile.

De son côté, le réseau social n’a effectué aucun réel changement à sa nouvelle charte de confidentialité et rappelle surtout qu’en dehors des « Live Stories », les contenus sont automatiquement supprimés des serveurs du réseau social.

Quelques conseils pour une utilisation responsable de Snapchat

1) Le webmag des adolescents, , rappelle que certains contenus partagés sur Snapchat peuvent-être illicites et qu’il faut donc rester vigilant. En effet, le cyber-harcèlement sur Snapchat est courant, il constitue néanmoins un délit. Le seul fait de partager un contenu sans l’accord préalable des personnes concernées est puni par la loi de deux ans d’emprisonnement et de 60 000€ d’amende.

2) On l’a compris, puisqu’il est impossible que les contenus soient totalement éphémères, on ne peut que conseiller de ne pas diffuser de contenu compromettant pour soi-même et pour ses amis.
3) La facilitée de publication de contenu est certes un avantage mais peut également être source de problèmes. En effet, il est important de faire attention à l’interprétation des photos envoyées car hors contexte les images peuvent être porteuses de différentes significations. Réfléchissez à la manière dont les destinataires de la photo ou de la vidéo vont pouvoir interpréter le message que vous voulez faire passer.

4) Réfléchissez aux destinataires de vos « snaps ». Généralement partagées auprès d’amis, il n’empêche que certaines photos ou vidéos finissent par se retrouver sur Facebook ou sur un autre réseau social similaire. Il est important de réfléchir à quels contacts vous envoyez vos messages et si vous choisissez de le publier dans votre « Story », définissez qui peut la voir. Allez sur le fantôme en haut de votre écran puis sur « option ». Par ce biais vous pourrez choisir qui aura accès à votre « Story ».

5) Sécuriser son compte pour éviter les piratages. L’authentification en deux étapes permet de sécuriser votre compte Snapchat et éviter d’éventuelles personnes malveillantes de publier du contenu à votre place. Cette authentification sécurisée utilise d’abord un mot de passe puis un code à 6 chiffres obtenu par SMS. Si votre compte se connecte sur un autre appareil ou dans une autre zone géographique, Snapchat demandera à l’utilisateur de s’authentifier deux fois.